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COTE D'IVOIRE/ PRÉSIDENTIELLE

DUEL AU PDCI RDA

La bataille pour le contrôle du pouvoir au Pdci-Rda, que se livrent l’ancien chef de l’Etat Henri Konan Bédié, président de ce parti, et l’ancien Premier ministre Charles Konan Banny, membre du bureau politique, n’est pas nouvelle. Elle a certes éclaté au grand jour, le 14 juillet dernier, à la faveur du bureau politique du Pdci convoqué pour entendre Banny sur les velléités de candidature qui lui sont prêtées, mais elle est restée larvée pendant un long moment. A la vérité, le débarquement de l’ex-gouverneur de la Bceao sur la scène politique ivoirienne a eu comme un effet de séisme au sein du vieux parti. Les appétits politiques du banquier, relayés par une certaine frange de la jeunesse du Pdci-Rda, réunie dans la Coordination nationale de la jeunesse pour Charles Konan Banny (CNJ CKB), pilotée par Louis Kouakou Abonouan, étaient perçus comme une menace pour l’ancienne classe dirigeante du Pdci. Surtout que Banny était présenté comme une alternative sûre à toute la classe politique dirigeante, notamment Laurent Gbagbo, Konan Bédié et Alassane Ouattara. L’ex-gouverneur de la Bceao en présentait le profil et avait ses hommes. On comptait par exemple la pharmacienne Kané Brigitte, le ministre Alla Kouadio Remi, des cadres comme Arthur Alloko, et bien d’autres membres de l’organisation Conscience Paix et Développement (Copad), qui étaient des soutiens à la prise de pouvoir par Charles Konan Banny. Sans compter les appuis solides et affichés de son frère aîné Jean Konan Banny, baron parmi les barons du Pdci, et ceux dont il bénéficiait en sourdine au sein du Pdci et dans l’entourage de son président. Autant de signes qui faisaient de Banny un adversaire sérieux face à Bédié.

Le ‘’deal’’ de Daoukro
La montée en puissance de l’ex-gouverneur de la Bceao compliquait quelque peu les calculs du sphinx de Daoukro. Il a donc convoqué son challenger dans son village natal, en présence des sages pour discuter. C’était le samedi 15 mars 2007, en marge du lancement officiel de la 5è édition de la foire commerciale et gastronomique de la localité que parrainait Charles Konan Banny. Le prétexte pour habiller cette rencontre à huis clos qu’on a dite familiale, mais qui avait une forte odeur politique. Mais lorsqu’il prend la parole à la foire commerciale , le Premier ministre Banny, s’appuyant sur la période de Pâques, n’a pas voulu cacher les choses. Il a, comme il l’a dit lui même, ‘’parlé vrai’’, levant ainsi un coin du voile sur ce qui a été décidé à huis clos. « Il faut parler vrai. Et comment ne pas parler vrai en cette période pascale, période de vérité et de pénitence, de divinité ? Donc je vais parler vrai », a dit l’ancien Premier ministre, et de poursuivre. « C’était une cérémonie de réception dans la plus pure tradition de chez nous. C’est une cérémonie qui était empreinte de symbole, donc, de message, que nous, nous avons reçu. J’espère que ceux qui me l’ont envoyé, l’ont compris de la même manière. Qu’ils sachent que j’ai reçu ce message, que nous l’avons reçu, tous ceux qui m’ont accompagné l’ont reçu. Voilà la première source de mon émotion et je ne peux pas cacher parce que nous sommes en période où on ne cache rien, une période pascale », avait déclaré Banny, heureux. Pour l’ancien gouverneur de la BCEAO, quelque chose de fort, d’émouvant, venait de se passer entre le président du Pdci et lui par rapport à la gestion de l’héritage politique de feu Houphouët-Boigny. Une rencontre qui, selon lui, devrait être vue et décryptée comme un lien solide entre le patron de son parti et lui autour de la « maison du père ». « Ce n’est pas la première fois que je viens ici à Daoukro. Quelquefois, je viens à Daoukro à votre insu. Ça aussi, c’est important. Ce n’est pas tout qu’on dit à tout le monde à la fois. Aujourd’hui encore je suis là, au vu et au su de tout le monde. (…) Ma venue aujourd’hui à Daoukro est un signe, un message. Le comprennent ceux qui veulent le comprendre, mais c’est un message », avait-il indiqué. Les initiés, ceux qui connaissent bien la tradition Baoulé, avaient interprété cette rencontre secrète du samedi 15 mars 2007, comme le passage de témoin à Banny en tant que nouveau porte-flambeau du Pdci-Rda. Celui qui devra conduire l’héritage politique du père fondateur de la Côte d’Ivoire moderne après le président Bédié. Et cela en présence des chefs Baoulé, gardiens de la tradition. Les moins initiés ont conclu à un ‘’deal’’ entre Bédié et Banny pour régler la question de la succession au sein du vieux parti afin d’éviter son éclatement. Charles Konan Banny alors satisfait de cet accord secret passé avec le président du Pdci, s’est voulu reconnaissant. « Alors je voudrais remercier le grand frère, Henri Konan Bédié.(…). Il n’est pas interdit, même quand on est entre frères, d’être poli et reconnaissant. C’est pour cela que je voulais le remercier et demander à nos chefs, qui sont les dépositaires et les gardiens de nos traditions, d’accepter de lui transmettre ces remerciements ». Fort de son ‘’deal’’ avec le sphinx de Daoukro, il a même récusé toute idée de crise qui existerait entre lui et le président du Pdci. « Tous ceux qui, de manière artificielle, ont pensé qu’il y avait une hache de guerre entre Henri Konan Bédié et moi, ceux-là doivent avouer qu’ils se sont trompés. Ils se sont trompés parce que la vérité, c’est qu’il n’y a jamais eu de hache de guerre entre le président Bédié et moi. ». Mais le ‘’deal’’ qui a consacré l’entente entre les deux hommes, n’a pas résisté aux appétits politiques, qui eux ne semblent pas avoir varié. Le clash du 14 juillet dernier l’atteste aisément.

Le clash du 14 Juillet
La guerre des héritiers de feu Houphouët-Boigny qui oppose en ce moment, Bédié à Banny risque fort bien d’emporter le PDCI-RDA. Le Parti démocratique de Côte d’Ivoire (PDCI) fait face à une profonde crise interne. Cette autre crise, la quatrième du genre, après celles qui ont occasionné les départs du Pdci-Rda de feu Djéni Kobena qui agissait pour le compte d’Alassane Ouattara, de feu Robert Guéi et de Laurent Dona Fologo, oppose Henri Konan Bédié, actuel président dudit parti dont il est le candidat déclaré à l’élection présidentielle, à Charles Konan Banny, ex-gouverneur de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’ouest (Bceao) et ancien Premier ministre. La question que nombre d’observateurs se posent est de savoir si le parti créé par Houphouët pourra survivre à cette crise. Rien n’est si sûr ! Il y a même des raisons de penser que le PDCI pourrait ne pas survivre à la crise qui oppose Bédié à Banny. Et pour cause. Cette crise interne au PDCI possède une spécificité que n’avaient pas les trois précédentes crises. Il s’agit de la proximité indiscutable des deux protagonistes, Bédié et Banny, avec Houphouët, fondateur du PDCI. Ni Djéni, Guéi, ni Fologo n’avaient cette affinité clanique avec le Bélier de Yamoussoukro, même si, idéologiquement, ils étaient très proches de lui. De sorte que quand ils se sont sentis exclus, ils ont pu facilement se détacher du PDCI pour créer leur propre parti. Dans le cas d’espèce, les choses sont totalement différentes. D’un côté, Bédié se réclame “fils d’Houphouët” dont il a d’ailleurs été le dauphin constitutionnel. Bédié se dit, par conséquent candidat naturel du PDCI à l’élection présidentielle. De l’autre côté, Banny, natif de Yamoussoukro, se réclame également “fils d’Houphouët” : “Personne ne pourra me chasser de la maison de mon père”, a-t-il coutume de dire parlant justement du PDCI. Il est donc clair que l’un ne voudra abandonner la “maison familiale” à l’autre.
Les partisans de Banny sont d’ailleurs formels à l’idée que leur leader non seulement ne quittera pas le PDCI, mais il sera candidat à l’élection présidentielle, sûrement pour le compte du même parti. Or Bédié est le candidat déclaré du PDCI. Le parti du président Houphouët pourrait donc avoir deux candidats si la candidature de Banny est effective. Lequel des deux emportera, au finish, l’adhésion des militants et sympathisants ? S’il est établi, tenant compte de la dernière réunion du bureau politique, que Bédié contrôle officiellement les membres de cette instance, il n’est pas évident que la base lui soit systématiquement favorable. Le clan Banny estime que Bédié est trop vieux (76 ans) et devrait donc céder la place au plus jeune qu’est Charles Konan Banny. Mais ce clan reproche surtout à Bédié d’avoir conduit le PDCI tout droit dans le mur en 1999 avec le coup d’Etat du général Guéi. “Si un enfant a déjà cassé la première martine de Bangui, on ne lui confie pas le dernier canari de Bangui (boisson traditionnelle) qui reste pour que la famille s’abreuve”, avait soutenu l’ex- ministre d’Houphouët, Jean Konan Banny, frère aîné de Charles.
Quant au clan Bédié, il explique que si Bédié est candidat malgré son âge avancé, c’est bien parce que le pays est dans une situation exceptionnelle. Il reproche, par ailleurs, à Banny son “opportunisme”. Il affirme par ailleurs, que si Bédié devrait céder le fauteuil du PDCI à quelqu’un, ce n’est pas forcément à Banny.
La bataille s’annonce donc palpitante, houleuse et sans merci entre les deux hommes. Evidemment, c’est le parti de feu Houphouët qui en sortira très affaiblie si ce n’est le commencement de sa mort.

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